On entend souvent parler de la gigantesque cohorte de baby-boomers qui va bientôt prendre sa retraite, au Québec.

On est obligés de retenir notre souffle parce qu’on sait que ça va nous coûter la peau des fesses pour offrir des services « de qualité » à tout ce beau monde.

Pour y voir plus clair, commençons par la base, à savoir les salaires des préposés aux bénéficiaires, au Québec. Il s’agit des employés de première ligne qui travaillent dans les résidences de personnes âgées pour leur offrir les services auxquels ils ont droit, incluant au chapitre de l’hygiène personnelle.

Salaire d’un préposé aux bénéficiaires, à temps complet:

  • En résidence privée, en moyenne 12,50$ / h soit environ 20,000$ / an
  • En CHSLD (résidence pour personnes âgées, gérée par le gouvernement du Québec), peut aller jusqu’à 21-22$ / h soit environ 40,000$

Selon le mode de fonctionnement de la résidence (s’il y a plus ou moins de « cas lourds » versus les « résidents autonomes » et « semi-autonomes »), il y aura un certain nombre d’infirmières (pour distribuer les « pilules » et offrir des soins élémentaires) à environ 68,000$ / an et de médecins, habituellement appelés au besoin mais qui offrent aussi des services de suivi. Les médecins gagnent en moyenne 300,000$ / an. Et puis il y a les employés administratifs, comme la réceptionniste, la secrétaire et le directeur de la résidence. La comptabilité est souvent assignée à un professionnel, à l’externe. Tout comme les services informatiques ou électroniques. Ajoutez aussi, parfois, les services de restauration où l’on retrouve un ou plusieurs chefs et des serveurs. Parfois, on retrouve un ou plusieurs employés dédiés à l’entretien mais habituellement, ils sont à contrat.

Évidemment, il y a d’autres classes de travailleurs qui gravitent autour des résidences de personnes âgées, des aumôniers aux psychologues, en passant par les chauffeurs de véhicules adaptés. Les résidences de personnes âges sont une industrie, en soi.

Alors sans faire de calculs précis car ils sont différents pour chaque résidence, on comprend que ça coûte beaucoup d’argent pour opérer ces installations dédiées à nos personnes âgées devenues incapables d’habiter seules.

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On se doute que si les personnes âgées étaient encore en bonne forme physique, elles préfèreraient, de loin, habiter dans leur propre maison ou appartement. Ceci dit, l’âge amène son lot de nouvelles souffrances physiques et c’est alors le moment de quitter son nid douillet pour aller rejoindre « les autres personnes âgées » dans une résidence privée ou publique.

L’argent

Combien ça coûte, ce passage à une résidence?

Dans une résidence privée « régulière », ça peut coûter en moyenne 16,000$ / an mais attention, comme les baby-boomers sont reconnus pour avoir beaucoup d’argent, il y a un volet « luxe » qui s’est développé et là, on parle de 2,000 à 5,000$ / mois pour une chambre jouxtée d’un petit salon et d’une salle de bain, 2 repas / jour compris avec une visite, selon les besoins, par une infirmière.

Mais attention, quand les personnes âgées ne peuvent pas payer leur « loyer », c’est l’État québécois qui s’en charge. Dans ces cas là, ça coûte 32,000$ / an à l’État, dans le cas d’une résidence privée mais attention, dans un CHSLD, ça coûte environ 80,000$ à nos fonds publics provinciaux.

Wow…

Ça fait BEAUCOUP d’argent.

Imaginez, vous, avant votre retraite, vous payez peut-être 900$ / mois de loyer, 350$ / mois de paiements d’auto et quelque 500$ / mois de dépenses diverses, disons 1,750$ / mois, soit quelques 21,000$ / an pour « vivre ».

Et là, d’un coup, en résidence privée ou même en CHSLD, ces frais montent parce que vous avez besoin d’aidants pour vous accompagner, tout au long de vos journées. C’est un peu pour ça qu’il faut épargner en vue de la retraite. Les frais seront nombreux, rendus là.

La différence de coût, pour le gouvernement québécois, entre les résidences privées (moins coûteuses) et les CHSLD (offrant de meilleurs salaires aux employés donc plus dispendieuses) explique au moins en partie pourquoi l’actuel gouvernement libéral de Philippe Couillard tente de favoriser le secteur privé, autant qu’il le peut. Il y a une raison à ça et elle est économique. Les péquistes n’ont pas fait mieux que les Libéraux lors de leur passage de 18 mois au pouvoir. Depuis 2011, il y a eu 1,000 place de coupées dans les CHSLD. Le grand bénéficiaire, c’est donc le secteur privé.

Au Québec, en 2016, il y a 45,000 personnes qui résident dans un CHSLD. En gros, à 80,000$ chacun, ça nous coûte collectivement 3,6 milliards de dollars pour s’occuper d’eux, à chaque année. S’ils habitent le CHSLD pendant 10 ans, c’est 36 milliards de dollars qui iront pour leur bénéfice.

Le chiffre est déjà assez astronomique comme ça, imaginez quand les baby-boomers vont se mettre à faire les manchettes et qu’ils vont se pousser aux portes des résidences privées et publiques. Ça va nous saigner, financièrement.

Ceci dit, la moyenne d’espérance de vie dans un CHSLD est 6 mois parce que les personnes âgées rentrent là de plus en plus hypothéquées. Il fut un temps où les personnes âgées restaient là 20 ans et il y en a encore qui arrivent à perdurer dans ce milieu de vie plutôt « hospitalier » qu’autre chose mais trop souvent, les « bénéficiaires » y vont pour mourir.

Il y a des morts aussi dans le privé mais c’est au public qu’on parle souvent de « mouroirs pour les vieux ».

Le temps

La société n’a plus de temps.

Tout le monde travaille, tout le temps. Les femmes travaillent, les hommes travaillent et c’est à l’adolescence que les enfants commencent, eux aussi, à travailler.

Conséquemment, plus personne ne vas voir les personnes âgées, dans leur résidence. Il y a encore des « enfants » et « amis » qui vont rendre visite aux personnes âgées mais ils constituent un minorité. Et ce n’est pas par manque d’amour mais simplement parce que le temps libre n’existe à peu près plus.

Alors, les personnes âgées sont seules pour affronter leur vieillesse et ça fait en sorte que plusieurs d’entre-elles veulent mourir.

Ajoutez à cette détresse émotionnelle croissante le fait que l’argent est presque totalement « aspiré » par les coûts de la résidence de retraite et vous comprenez pourquoi plusieurs personnes âgées disent ne plus avoir de vie.

En fait, elles n’ont plus les moyens d’avoir « une vie » parce que chaque « service » est facturé et le « panier de services de base » est sans cesse diminué.

Les nombreuses problématiques comme celles liées à la mobilité réduite et aux nombres de bains qui sont offerts ajoutent à la lourdeur de la vie en résidence. Le ministre de la Santé peut bien ajouter de l’argent dans le réseau (des CHSLD), ça ne se rendra pas nécessairement jusqu’au bénéficiaire. L’argent n’achète pas toujours la qualité de service. Parfois oui mais il y a encore du chemin à faire.

Le bon côté de la chose

Les employés de ces résidences pour personnes âgées finissent parfois par s’attacher émotionnellement à leurs clients ou bénéficiaires et ça permet de créer des liens qui rendent la vie plus agréable.

Tous les petits gestes peuvent respirer le bonheur lorsque la qualité des services est supérieure. C’est peut-être un peu ça qu’il faut viser, collectivement.

Alors oui, les personnes âgées coûtent cher au trésor public québécois (et canadien, via les prestations de la vieillesse) mais il va falloir devenir créatifs pour trouver un modèle fonctionnel pour permettre à nos personnes âgées de vivre dignement sans devenir un fardeau impossible à financer, pour le reste de la population active.

Au Québec, nous sommes connus pour notre créativité alors il faut faire aller nos neurones pour inventer un monde agréable pour nos aînés et abordable pour ceux qui doivent financer leur fin de vie.

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